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Réchauffement climatique et crise écologique : pourquoi tardons-nous à agir ?

Réchauffement climatique et crise écologique : pourquoi tardons-nous à agir ?

À chaque fois que je regarde une série en streaming alors que je connais l’impact écologique de cette pratique, face à mon incohérence, ces questions me reviennent: pourquoi tardons-nous à agir pour la transition écologique ? Qu’est-ce qui nous empêche d’être plus réactifs pour contenir le réchauffement climatique ? Ces questions sont à la fois personnelles et collectives, et la réponse n’est vraiment pas si simple (sinon, nous aurions peut-être déjà réglé le problème du changement climatique !).

Après plusieurs recherches, discussions et réflexions, voici quelques éléments de réponse…

Est-ce une question d’ignorance ?

Difficile de parler de complète ignorance, de nos jours, tant le sujet du réchauffement climatique est abordé dans les médias. La crise de la biodiversité, elle, est moins connue, malgré des voix qui s’élèvent pour la mettre en lumière. Il me semble donc impossible que l’ignorance puisse à elle seule expliquer notre manque de réactivité.

Cependant, puisque certains doutent de la réalité du réchauffement climatique, autant se renseigner sur le sujet et avoir de quoi combler notre ignorance ! Pour cela, je vous renvoie à cette vidéo sur la réalité du réchauffement climatique et ses causes humaines. Si vous ne souhaitez pas regarder la vidéo, vous pouvez également vous renseigner sur le sujet dans cet article de La famille Verte, qui est le résumé du contenu de la vidéo.

Concernant la crise de la biodiversité, voici un article publié par Reporterre qui donne les bases pour comprendre les risques d’effondrement de la biodiversité.

La distance par rapport à la crise climatique et environnementale

Même renseignés sur le sujet, nous pouvons avoir du mal, selon notre contexte géographique, à appréhender la réalité des crises environnementales.

Concrètement, dans la région où je vis, le changement climatique n’a pas d’impact très palpable. Je constate effectivement que les montagnes Pyrénéennes sont de moins en moins enneigées hiver après hiver, mais, pour mon point de vue, le constat s’arrête là. Évidemment, un habitant des îles du Pacifique menacées par la montée des eaux a une vision bien plus concrète des conséquences du changement climatique. Concernant les pollutions en tous genres, elles sont également peu perceptibles dans mon lieu de vie. Pour la biodiversité, j’ai bien remarqué qu’il y a moins d’insectes écrasés sur mon pare-brise qu’il y a une quinzaine d’années. Mais c’est le seul constat qu’une novice en écologie peut faire.

Pourtant, les études scientifiques alarment, les médias relaient les informations (comme par exemple, les feux liés à la sécheresse, qui sont de plus en plus difficiles à contenir) pour donner de la visibilité à ce qui pourrait nous sembler lointain. Ainsi, même si nous ne sommes pas touchés directement par les crises écologiques, elles imprègnent notre quotidien au travers des médias.

Cependant, on pourrait peut-être se dire que tant que l’on n’est pas directement touchés, cela ne nous concerne pas… Cet argument pourrait expliquer une inertie chez les individus, mais à l’échelle d’un gouvernement, c’est peu envisageable.

Le déni, ou syndrome de l’autruche

« Faire l’autruche », c’est décider, en voyant venir un danger, de ne plus le voir et de l’ignorer. Comme s’il n’existait pas.

[Apparté: les autruches ne mettent pas la tête dans le sable à l’approche d’un danger, mais elles se replient pour être camouflées par l’effet mirage.]

Nous ne sommes pas aussi subtils que l’autruche puisque, voyant le danger arriver, nous ne prenons pas de précautions pour l’éviter. Nous avons plutôt tendance, comme le dit la légende sur l’autruche, à enfoncer notre tête dans le sable !

En effet, notre cerveau est câblé pour répondre de différentes manières face au danger : se battre, fuir ou se figer.

Quand on vous parle de quelque chose qui est un danger intangible comme le réchauffement climatique […] la réponse du cerveau est très souvent de s’enfuir, d’essayer de ne pas se confronter à ce danger pour lequel on n’a pas de réponse immédiate.

Cyril Dion

Chiffres et conclusions scientifiques à l’appui, bien convaincue de la réalité du réchauffement climatique et de la crise écologique, je continue pourtant de prendre ma voiture (qui contribue au problème), seulement pour 3km ! C’est comme si mon cerveau niait la corrélation entre mon acte de prendre la voiture pour de petits trajets, et la contribution de cet acte au réchauffement climatique. Un peu comme un fumeur qui, sachant très bien les conséquences probables pour sa santé, continue de fumer.

Tout se passe comme si mon cerveau voulait nier la réalité du danger et, surtout, ma capacité à contribuer à lutter contre ce danger.

La dissonance cognitive

Cette barrière mentale décrite par le psychiatre norvégien Per Espen Stoknes expliquerait la malaise provoqué par l’incohérence entre le fait que, d’une part, je cherche à minimiser mes impacts écologiques négatifs, et, d’autre part, je continue à prendre ma voiture pour de petits trajets ou à regarder des vidéos en streaming (ces deux actions étant émettrices de CO2). Je me sens incohérente, voire hypocrite, et donc mal à l’aise car mes pensées et mes actions ne sont pas totalement en accord.

De là, deux possibilités:

  • ne plus chercher à accorder mes actes avec la transition écologique. Ce serait renoncer à une certaine conscience écologique, au nom de la cohérence. En gros, si je ne défend pas l’écologie, je n’ai aucun effort de changement à faire dans ma vie. Cela semble plus simple !
  • mettre mes pensées et mes actes en accord en éliminant totalement de ma vie tout ce qui favorise le réchauffement climatique et la crise écologique. C’est un gros défi auquel je m’applique mais qui prend du temps, de l’énergie et qui donne une certaine charge mentale que je n’avais pas avant. Et la dissonance cognitive continuera tant que je n’aurais pas éliminé de mon mode vie toute habitude néfaste pour l’environnement (est-ce vraiment possible  ??).

La lassitude de l’apocalypse

Autre barrière mentale décrite par Per Espen Stoknes : la « lassitude de l’apocalypse ». Depuis des années, nous entendons parler de changement climatique, avec un discours de catastrophisme. Au début, nous trouvons l’information effrayante.

Puis, à force d’entendre parler des catastrophes actuelles et à venir, notre esprit s’habitue: « la peur et la culpabilité diminuent et à la fin vous ne prêtez même plus attention quand on vous parle de fin du monde ». Per Espen Stoknes affirme également que bon nombre d’entre nous sommes devenus ankylosés par un excès de « porno de la catastrophe ».

Personnellement, je ne me retrouve pas dans cette barrière mentale : plus j’en apprends, plus je me dis que la situation est grave et que cela devrait nous motiver pour agir. Ceci dit, je comprends que la violence et la gravité des faits puissent nous inciter à éviter le sujet et à se retrouver dans l’attitude de déni décrite plus haut…

L’addiction à la croissance et à l’énergie

Malgré nos bonnes intentions, nos « résolutions », il y a toujours un grain qui vient se mettre dans les rouages. Cela pourrait être dû encore une fois au fonctionnement de notre cerveau, et en particulier à notre addiction à la croissance (ou addiction à l’énergie, pour reprendre la terminologie de Jancovici).

Dans une présentation donnée pour le réseau Ambassadeurs de l’association A Rocha France, Paul et Agnès Jeanson font le lien entre crise écologique et addiction, avec notamment une approche physiologique et psychologique de l’addiction.

Pour expliquer brièvement, nous avons dans le cerveau un système qui régule la motivation et les impulsions qui conduisent à la prise de décision : le striatum. C’est lui qui fonctionne selon une logique de survie. Même si nos besoins sont comblés et que notre survie n’est plus menacée, le striatum reste exigeant et en demande « toujours plus ». Envie de manger plus (bien plus que nos besoins), incitation à la séduction et à la sexualité, incitation à dominer de par notre statut social (richesse, nombre de like sur les réseaux, etc), soif de connaissances. Et ceci, selon la logique du « tout, tout de suite ».

Et toujours plus :

Notre système de récompense ne s’active que si nous obtenons plus que ce que nous attendions. Les résultats anticipés ne produisent pas de plaisir, seul un résultat supérieur aux prédictions est valorisé. Le maximum de notre comportement est : Mon cerveau me récompense si j’obtiens plus que la dernière fois.

Paul et Agnès Jeanson

En résumé, la croissance est notre guide, et nous en sommes addicts ! On peut faire le même constat pour notre addiction à l’énergie, support de la croissance et qui permet d’assouvir bon nombre de nos envies.

Je dois avouer que cette explication éclaire quelques uns de mes comportements : prendre la voiture pour 3km au lieu de marcher, c’est avoir plus de temps pour assouvir ma soif de connaissances, obtenir plus de « récompenses » ou affermir mon statut social. Stupide striatum qui ne voit pas les bienfaits de la marche !

Résumé des freins à l’action climatique et écologique

  • L’ignorance
  • La distance par rapport à la crise climatique et environnementale
  • Le déni ou syndrome de l’autruche
  • La dissonance cognitive
  • La lassitude de l’apocalypse
  • L’addiction à la croissance et à l’énergie

Pour ma part, je me reconnais bien dans la dissonance cognitive, l’addiction à la croissance et à l’énergie, et un peu aussi dans le déni. Et vous, vous reconnaissez-vous dans une ou plusieurs de ces raisons qui font tarder à agir ?


Pour aller plus loin…

Le discours de Per Espen Stoknes, « Comment motiver les gens à résoudre le réchauffement planétaire ? », qui présente les barrières mentales évoquées dans cet article puis propose des pistes d’action pour les dépasser. 

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